Serre à fleurs en Loire-Atlantique : réduction de 20 % sur la facture d’énergie
Cette étude de cas présente les résultats obtenus sur une serre à fleurs en Loire-Atlantique. L’exploitation cultive des fleurs coupées sous une structure plastique multichapelle de 2 500 m², chauffée au gaz. La facture énergétique atteignait environ 20 000 € par an avant intervention. Après installation d’une VMC double flux et d’un film gonflable double couche, la consommation a baissé de 20,7 %, soit 60 000 kWh et environ 4 200 € d’économies annuelles.
Une serre horticole souffre différemment de la condensation qu’une serre maraîchère. Les gouttelettes qui tombent sur les pétales provoquent des taches et des moisissures avant même la récolte. Résoudre le problème énergétique et le problème qualité simultanément était l’enjeu central de ce projet.
Situation initiale de l’exploitation horticole
L’exploitation est implantée en Loire-Atlantique, dans une zone à climat océanique tempéré. La serre plastique multichapelle couvre 2 500 m² et produit des fleurs coupées sur une campagne de dix mois. Le chauffage au gaz naturel représentait le premier poste de charges de l’exploitation, avec une consommation annuelle de 290 000 kWh, soit une facture d’environ 20 000 €.
Le climat doux de Loire-Atlantique réduit le nombre annuel de jours de chauffe par rapport aux régions du Nord. Mais cette douceur relative n’élimine pas les nuits froides qui déclenchent la condensation sur la couverture plastique. L’exploitant constatait trois problèmes récurrents depuis plusieurs saisons.
- Gouttelettes abondantes sur le plastique de couverture, tombant directement sur les fleurs en cours de croissance.
- Apparition de botrytis sur les pétales et les tiges, générant des pertes qualité sur 8 à 12 % de la récolte.
- Surconsommation de chauffage lors des périodes de déshumidification par ouvrants, qui évacuaient la chaleur produite par la chaudière.
Problèmes identifiés lors du diagnostic thermique
Un diagnostic a été réalisé sur site pour mesurer les déperditions thermiques et les conditions climatiques intérieures. Les résultats ont confirmé trois sources de dysfonctionnement.
Condensation sur la couverture plastique. La nuit, la température extérieure descend à 4-6 °C tandis que l’intérieur reste à 14-16 °C. L’écart thermique avec la paroi plastique, peu isolante, crée les conditions du point de rosée. Les gouttelettes se forment dès 2 h du matin et tombent sur les rangs de cultures. Pour une culture florale, ce phénomène est particulièrement dommageable : contrairement aux tomates, les pétales ne peuvent pas sécher sans laisser de traces visibles, ce qui déclasse les fleurs à la vente.
Déperditions par la paroi simple. La couverture plastique mono-paroi présente un coefficient de transmission thermique (U) de 5,8 W/m²·K. Ces pertes thermiques importantes obligent la chaudière à fonctionner en continu sur les nuits froides, même lors d’une accalmie.
Humidité stagnante. Sans renouvellement d’air contrôlé, l’humidité relative nocturne dépassait 88 %. Ce niveau favorisait le développement du botrytis et contraignait l’exploitant à augmenter la fréquence des traitements fongicides.
Solutions techniques mises en place
Deux équipements principaux ont été installés pour traiter les problèmes identifiés, complétés par une régulation hygrométrique.
VMC double flux. Le système de ventilation mécanique contrôlée extrait l’air humide et le remplace par de l’air extérieur préchauffé via un échangeur thermique à plaques. Ce dispositif assure la récupération de chaleur sur l’air extrait avec un rendement de 65 à 75 %. En maintenant un débit ajusté en temps réel par des sondes hygrométriques, il abaisse l’humidité relative de 15 à 20 points. La formation de condensation sur la couverture se réduit drastiquement.
Film gonflable double couche. Une seconde peau plastique a été posée sur l’ossature de la serre, créant une lame d’air isolante entre les deux parois. Cette solution, spécifiquement adaptée aux structures multichapelles plastiques, divise les pertes thermiques par paroi par deux. Le coefficient U passe de 5,8 à environ 2,6 W/m²·K. La surface intérieure du plastique reste plus chaude la nuit, ce qui repousse le point de rosée et réduit la condensation résiduelle.
Les détails sur les solutions d’isolation thermique en serre montrent l’efficacité comparée des différentes options.
Régulation hygrométrique. Des capteurs d’humidité relative et de température ont été installés dans trois zones de la serre. Ils pilotent le débit de la VMC en temps réel, accélérant le renouvellement d’air quand l’humidité dépasse le seuil de consigne (70 %) et le ralentissant en dessous pour économiser la consommation électrique des ventilateurs.
Les travaux ont été réalisés en 8 jours ouvrés, sans interruption de la production florale. Les équipements ont été fixés en pignon et sur les montants de la structure, sans accès aux zones de culture.
Résultats mesurés après une saison complète
Le suivi a porté sur une campagne complète — dix mois de production florale — avec comparaison aux relevés de la saison précédente à météo équivalente.
Consommation d’énergie : passage de 290 000 kWh à 230 000 kWh par an, soit une réduction de 60 000 kWh (20,7 %). Au tarif gaz constaté, l’économie annuelle atteint environ 4 200 €.
Condensation : les épisodes de gouttelettes sur la couverture plastique ont baissé de 85 %. Les quelques condensations résiduelles se produisent uniquement lors des nuits les plus froides, en dehors des plages de croissance active. La page sur l’élimination de la condensation en serre détaille le mécanisme de ce résultat.
Botrytis et qualité florale : le taux de fleurs déclassées pour cause de taches ou de moisissures est passé de 8-12 % à 2-3 %. Cette amélioration de la qualité sanitaire représente un gain commercial direct, indépendant des économies d’énergie.
Hygrométrie nocturne : stabilisée à 68-72 % d’humidité relative contre 88-92 % avant l’installation. La réduction des traitements fongicides atteint 40 à 50 % par campagne.
Homogénéité thermique : l’écart de température entre le centre et les parois est passé de 5-7 °C à 2-3 °C. Les zones périphériques, autrefois plus froides et propices à la condensation, bénéficient d’une meilleure stabilité.
Financement par les CEE
Sur ce projet horticole, le financement CEE a couvert la VMC double flux et le film gonflable dans un seul dossier. L’exploitant n’a pas engagé de fonds propres — le fournisseur d’énergie a réglé directement l’installateur après validation du contrôle post-travaux, selon éligibilité et sous réserve d’instruction du dossier.
Le processus s’est déroulé en 9 semaines de la signature de la lettre d’engagement jusqu’à la mise en service des équipements. Le dossier CEE a été constitué avant le début des travaux, conformément aux règles du dispositif.
L’ADEME encadre ce mécanisme au niveau national — les critères d’éligibilité sont consultables sur le site de l’ADEME. Pour calculer les économies réalisables sur votre propre exploitation, une surface, un type de serre et une consommation annuelle suffisent.
Les subventions CEE pour serres agricoles couvrent à la fois la VMC double flux et les travaux d’isolation complémentaires dans un seul dossier.
L’ASTREDHOR, l’institut technique de l’horticulture, recense des résultats similaires sur les serres équipées de ventilation contrôlée, comme le confirment les références techniques de l’ASTREDHOR.
Pour des résultats comparables sur une culture légumière, l’étude de cas serre tomate en Picardie présente un projet différent sur une structure verre de 4 200 m².
Questions fréquentes
Les résultats sont-ils identiques dans toutes les régions de France ?
Le taux de réduction (20 à 25 %) reste cohérent d’une région à l’autre. Ce qui varie, c’est la valeur absolue des économies. Une serre en Loire-Atlantique consomme moins qu’une serre en Picardie pour une même configuration, car le nombre de jours de chauffe est moindre. L’économie de 4 200 € par an en Loire-Atlantique serait de 6 000 à 8 000 € pour une exploitation équivalente dans le Nord ou la Normandie.
Le film gonflable est-il compatible avec les cultures nécessitant beaucoup de lumière ?
Le film gonflable double couche réduit la transmission lumineuse d’environ 10 à 12 %. Pour les cultures florales à fort besoin lumineux, une étude permet de vérifier la compatibilité. Certaines espèces florales sensibles à la lumière nécessitent un éclairement d’appoint en hiver, indépendamment de l’isolation.
L’installation perturbe-t-elle les cycles de floraison ?
Non. Les travaux sont planifiés en dehors des pics de production. L’installation du film gonflable se réalise en 3 à 4 jours, sans manipulation des cultures. La VMC est installée en pignon sur les structures porteuses, sans accès aux rangs de production.
Comment vérifier les économies après la mise en service ?
Un suivi par relevé mensuel du compteur gaz permet de comparer les saisons avant et après travaux. La régulation hygrométrique fournit également un journal de fonctionnement qui trace les débits de ventilation et les niveaux d’humidité heure par heure.
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